Serge André à coeur ouvert - Page 1
Je suis né en 1956 : un an après " Rock round the clock " de Bill Haley et les Comètes, et en même temps que l'Eurovision. Alors que ma mère me met au monde, la "scandaleuse" Brigitte Bardot tourne " Et Dieu créa la femme ". De l'autre côté de l'Atlantique, Marilyn Monroe épouse Arthur Miller.
Sur cette photo, nous sommes en 1958 ; j'ai donc 2 ans. Je grandis dans une famille modeste et sans problème, entre un père comptable et une mère au foyer. Nous habitons Versailles, la BBC expérimente la stéréo pendant que mon père expérimente son magnétophone à bande. Il n'est pas musicien mais un amateur averti. La comédie musicale West Side Story de Léonard Bernstein fait un malheur, moi pas encore...
La télévision n'a qu'une dizaine d'années. Elvis Presley est incorporé dans l'armée américaine et le premier satellite russe, Spoutnik 1, tourne autour de la Terre. Je suis arrivé en plein Rock'and Roll et en pleine guerre froide.
1960, j'ai 4 ans et nous avons quitté Versailles pour emménager à Villiers-le-Bel, en banlieue nord de Paris. C'est dans cet appartement que j'ai découvert le Piano et que j'ai compris que la Musique faisait partie de moi. La Musique m'était aussi indispensable que l'oxygène.
Mes parents, amateurs d'opéras et d'opérettes ainsi que de musique classique ont bercé mes dimanches de Verdi, Beethoven, Mozart et autres références.
Du plus loin que je me souvienne, la musique a toujours accompagné ma vie, à moins que ce ne soit ma vie qui ait accompagné la musique. L'une et l'autre m'ont toujours semblé inséparables. Je n'existe pas sans musique.
J'ai pris conscience, dès l'âge de quatre ans, qu'elle ne me quitterait pas. Je passais des heures, l'oreille collée contre le bois du piano qui trônait dans le salon, à écouter le son des notes que je frappais sur le clavier. Je visualisais le son, en fermant les yeux, et je l'écoutais jusqu'à ce que le silence reprenne sa place à l'intérieur de ce noble meuble. Chaque son remplissait mon être et allait mourir lentement comme les derniers grains d'un sablier.
Avant le son, il y a le néant. Après le son, on retourne au néant. Le son, c'est la vie.
J'étais incapable d'exprimer ce que je peux analyser maintenant, mais je savais qu'il existait un début, une vie et une fin.
C'était la vie du son qui m'intriguait... Cette vie riche d'événements pendant la durée du son et ça, je l'entendais bien, j'avais 4 ans...
En 1961, l'intérêt évident que je portais à la musique incita mes parents à m'inscrire au cours de piano que dispensait Mme Clément au conservatoire de Villiers-le-Bel.
Un enseignement traditionnel : solfège, solfège, solfège...
Mon esprit logique et mathématique me permettait de comprendre mais je n'acceptais pas cette dissection de la musique. La musique était, pour moi, magique et je l'assimilais aux rêves, aux contes.
Je poursuivis mes cours pendant plusieurs années : conservatoire de Villiers-le-Bel, Paul Beuscher, Daniel Bacon...
J'écoutais tout, sans exception. Je voulais tout comprendre : Chopin, Beethoven, Brahms, Gainsbourg, les Beatles, les musiques de film, Chick Coréa, Herbie Handcok... Et j'ai découvert les musiques noires avec Aretha Franklin. J'avalais tout et je cherchais à comprendre ce qui me faisait réagir physiquement à l'écoute de chaque musique.
Pourquoi ? Comment ? Par quel phénomène étrange le 2ème mouvement de la VIIème symphonie de Beethoven me touche-t-il au plus profond de moi ? Par quelle magie, quelle alchimie ?
Rapidement, j'ai éprouvé le besoin de composer mes propres musiques, en essayant de traduire mes émotions. Je me levais la nuit pour reproduire sur le piano les mélodies qui hantaient mes rêves. Je créais mon univers... Un univers où j'étais seul et où je me sentais bien.
C'est ce même univers que je retrouve encore aujourd'hui durant les nuits de création.
Pendant que je gribouillais mes premières notes de musique, Maman chantait avec Dino De Todaro et Papa, connu sous le nom de Chabriant, écrivait des pièces de théâtre, organisait les bals publics de la banlieue nord de Paris et rencontrait Nicoletta, qui venait de sortir son premier tube " Il est mort le soleil".
Parallèlement à la musique, je faisais beaucoup de sport, à tel point qu'il me fallut faire un choix. Je m'étais engagé dans plusieurs compétitions et pour ne pas décevoir mon entraîneur, je décidai de mettre la musique de côté. En 1970, j'ai 14 ans quand je deviens Champion d'Île de France d'athlétisme. Ma spécialité : le saut en hauteur avec un record de 1m75 (en ciseaux) et 10 secondes les 10 mètres à la corde lisse... Comme dirait la chanteuse "Aller plus haut".
Mais pendant que je me rapprochais du ciel, Pink Floyd, Joplin, Bowie hantaient mes rêves avec Rachmaninov, ou Beethoven.
Bien que n'ayant jamais abandonné la musique pendant cette période sportive, j'avais le sentiment d'avoir du travail en retard. Quand Éric, un copain de mon âge qui avait débuté le piano à la même époque que moi, est arrivé chez moi, et m'a joué l'album complet des Beatles, j'ai compris que ce sentiment était fondé... J'avais réellement pris du retard.
A partir de là, j'ai violemment pris conscience que je serais Musicien.

C'est en 1973, à Saint-Prix (95) que j'ai rencontré les musiciens de mon premier groupe. C'est avec eux que je découvris le Jazz. Nous tentions de reproduire les titres de Led Zeppelin, Emerson Lake and Palmer et Zappa. Rapidement nous avons compris que la route serait longue et qu'il nous fallait être plus raisonnables dans nos choix. Finalement, nous ferons de la variété, qui s'avérera être une musique plus accessible. Nous n'avons pu néanmoins passer à côté de Santana sans nous y frotter.
En 1977, j'ai créé le groupe WOOD LAPS avec un objectif plus professionnel cette fois. Bien que cela ne corresponde ni à mes convictions ni à ma philosophie, j'apprenais à faire des concessions et à faire preuve de patience. Néanmoins, je restais très exigeant, parfois intolérant, et cela me valut des surnoms comme J.R. ou le Berger Allemand ! Trois répétitions par semaine et des sanctions pour les absences ; je me montrais tyrannique, mais le résultat fut immédiat. Nous gagnions pratiquement tous les concours et une secrétaire d'Eddy Barclay, qui avait entendu parler de nous, m'a contacté.
Nous avions 15 jours pour travailler les 21 morceaux que contenait le répertoire d'un artiste au Hit Parade : Christian Delagrange.
Cet artiste était en pleine gloire : TV, radio, studios, et galas étaient prévus au programme. La musique était facile mais devait être précise.
La Variété est finalement une très bonne école. Nous avons été sélectionnés.
A partir de 1978, j'ai travaillé comme professeur de musique dans le magasin PARINOR MUSIC à Aulnay-Sous-Bois au sein des écoles Farfisa.
La chanson française a eu bien du mal à faire face au phénomène Disco des années 1980. Il faut dire que les productions américaines inondaient le marché avec des groupes impressionnants comme Earth Wind & Fire ou Kool And The Gang. Pendant ce temps, chez Vogue, Jacques Lantier représentait près de 60% du chiffre d'affaires de cette maison de disques. Autant dire que Christian Delagrange, bien que conservant ses fans, ne faisait plus recette. Les galas s'estompaient, il me fallait donc travailler avec, ou pour d'autres artistes.
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